Accueil›Bien-Fondé›nº 02
Bien-Fondé · nº 02 · 15 juin 2026
87 % des organismes ignorent d'où vient leur hausse de financement
RQ-ACA · évaluation du PAGAC 2022-2027 · 10 juin 2026
Le Plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire devait faire une chose simple : donner aux organismes un financement à la mission assez stable pour qu’ils cessent de courir après des subventions de projet, année après année. La première évaluation formelle du plan vient de sortir, fondée sur 441 organismes répondants. Son chiffre central est embarrassant : 87 % d’entre eux ne savent pas si la hausse de financement qu’ils ont touchée vient du plan, ou d’ailleurs.
Le sens est brutal. L’État déploie sa politique phare pour le communautaire, y injecte de l’argent sur quatre ans, et la quasi-totalité des organismes financés est incapable de dire si elle en a vu la couleur. Une politique censée renforcer le secteur reste invisible au secteur qu’elle finance.
Le reste de l’évaluation dit pourquoi. 30 % des organismes ont reçu moins de 10 % de hausse en quatre ans. Sur la même période, l’inflation a grimpé de 10,5 % et l’indice des coûts de fonctionnement communautaire, de 15 %. Pour près d’un tiers du secteur, la « hausse » est donc une baisse déguisée. Et chez 69 % de ce groupe, la capacité d’agir n’a pas bougé d’un cran.
Le financement à la mission avait pourtant un objet précis : la prévisibilité. Un organisme qui sait ce qu’il touchera dans trois ans peut embaucher, planifier, refuser un projet qui le détourne de sa cause. Quand il ne peut même pas retracer d’où vient son argent, il ne planifie pas. Il encaisse.
Pour une fondation, le signal est direct. Le plus gros bailleur du filet, l’État, n’arrive pas à rendre lisible ce qu’il distribue, et les organismes que vous financez vivent déjà dans ce brouillard. Le minimum, c’est de ne pas l’épaissir. « Rapport d’évaluation du PAGAC 2022-2027 » ↗
Aussi cette semaine
ActualitéToujours pas de réponse de Christine Fréchette
Deux mois après la mobilisation du 24 mars, la ministre n’a répondu à aucune des trois demandes des 4 000 organismes d’action communautaire : fonds d’urgence de 360 M$, indexation sur les coûts réels, plan de rattrapage. La même semaine, 114 organisations dénonçaient le projet du Commissaire au lobbyisme d’assujettir les OBNL aux règles des multinationales. On demande au secteur de se justifier davantage pendant qu’on lui coupe l’oxygène. « Madame Fréchette, votre silence parle fort » ↗
ÉtudeL’insécurité alimentaire bondit de 8 points
Le 6e Indice d’anxiété financière de Centraide montre 48 % de Québécois financièrement anxieux et 30 % en insécurité alimentaire, soit 8 points de plus qu’en 2025, le pire bond de la série. En tête des personnes touchées : familles monoparentales, locataires, 18-34 ans. Pour une fondation qui complète le filet social, c’est là que commence le calcul. « Indice d’anxiété financière 2026 » ↗
IdéeLes nouveaux milliardaires de l’IA et la tentation de Newark
Priya Shanker (SSIR) rappelle un échec connu : une intervention richement financée à Newark, menée sans ancrage communautaire, sans résultat durable. C’est le réflexe que les nouvelles fortunes de la tech risquent de répéter, financer des experts plutôt que la capacité locale. Sa ligne : la légitimité ne s’achète pas, elle se construit avec les communautés. « AI, Philanthropy, and Civic Leadership » ↗
IdéeGrandir n’est pas toujours la bonne idée
Randy Moore (SSIR) distingue trois façons de « scaler » : rejoindre plus de monde, faire mieux avec les mêmes personnes, ou tenir bon là où s’arrêter coûterait cher. Les bailleurs récompensent la croissance, alors tout le monde court. Mais tous les organismes ne sont pas faits pour aller partout. « Against Rushing to Scale » ↗
IdéeDemander aux organismes ce qu’ils pensent de vous
Daniel Stid (CEP) reprend Cuomo : on fait campagne en poésie, on octroie en prose. Sa première recommandation, et la plus négligée : sonder en confidentiel les organismes financés sur vos pratiques d’octroi. On le fait sans hésiter pour un produit grand public, rarement pour des subventions. « Philanthropy in Prose » ↗
Financements disponibles
Deux appels québécois cette semaine, et les deux ferment bientôt : le premier dès lundi.
💰 Culture pour la santé mentale des jeunes de 12 à 18 ans
Gouvernement du Québec (MCC) · jusqu’à 30 000 $ (75 % des dépenses admissibles)
Organismes culturels professionnels, bibliothèques publiques, organisations autochtones, organismes communautaires en partenariat. Dernière chance : deadline lundi 15 juin à 16h30. Postuler →
💰 Lutte contre les stéréotypes sexuels et de genre
Gouvernement du Québec (Secrétariat à la condition féminine) · jusqu’à 80 000 $/an (local/régional) ou 100 000 $/an (national)
OBNL inscrits au registre des entreprises du Québec, réseaux santé et éducation, organisations autochtones. Deadline : samedi 21 juin. Postuler →
Dans vos agendas
Deux webinaires anglophones cette semaine, les deux solides.
📅 Signaux du secteur : tendances incontournables pour les
leaders d’OBNL
17 juin · 13h00 · Virtuel · Gratuit · Anglais
Bilan de mi-année par Bruce MacDonald (PDG, Imagine Canada) et Janice
Stein (Munk School of Global Affairs). Pour les DG qui veulent cadrer
les forces sectorielles avant l’été. S’inscrire
→
📅 The Anatomy of a $15M Gift: Behind the Scenes of a
Transformational Commitment
18 juin · 12h15 · Virtuel · 35 $ membres / 60 $ non-membres (+tx) ·
Anglais
Cherry Marshall (VP développement, Concordia) détaille la mécanique du
don transformationnel de Mark Pathy à l’Université Concordia. Pour
quiconque travaille les grandes sollicitations ou les conversations avec
des donateurs majeurs. Crédits CFRE reconnus. S’inscrire
→
Tous les événements de la philanthropie québécoise sont sur l’Agenda philanthropie QC, un calendrier public tenu par Bien-Fondé. S’abonner au calendrier →